Un week-end en dehors de Moscou

12 octobre 2006

Le week-end dernier, comme on était super motivés tous les 4 Français de mon nouveau groupe de russe (d’ailleurs, il faudrait que je fasse un article un jour pour les présenter parce que tout de même, on passe pas mal de temps ensemble), on est parti faire un petit en direction de la steppe infinie et du grand Nord, à 70 km au nord est de Moscou.

Une Russe très chic et tout et tout qui s’appelle Olia et qui ne m’a pas encore permis de la prendre en photo devait venir avec nous, mais elle était malade (en tout cas c’est ce qu’elle m’a dit, j’étais bien obligé de la croire). Du coup, on s’est retrouvé entre Français, et on a pu se les cailler à l’aise tous ensemble. La ville où on est allé s’appelle Serguiev Possad et est très connue pour son monastère (il faut dire que c’est assez impressionnant, et un peu plus grand que le monastère de Novodievitchi, qui pourtant valait le coup aussi).

On a fait l’aller en bus, comme je servais de guide, et bon, c’est vrai que c’est un peu plus facile en train. Mais en tout cas, ça nous a permis d’observer le paysage se modifier lentement au fur et à mesure qu’on sortait de Moscou, et de goûter un peu à l’ambiance russe du bord des routes. Au départ du bus, à la station ВДНХ (prononcer Védéhenkha), on a attendu une demi-heure l’arrivée du bus N°388. Des tas de Russes attendaient avec nous, et ça nous semblaient bizarre qu’il y ait autant de monde qui veuille aller visiter Serguiev Possad en Russie (mais après tout pourquoi pas, ça vaut le coup, et comme les Russes sont plutôt pratiquants dans l’ensemble, il doit sans doute s’agir d’une sorte de pélerinage que certaines personnes font de temps en temps). Le bus est arrivé et tout le monde n’a pas pu rentrer (évidemment), mais en tout cas, quand il a été rempli, il est allé se garer un peu plus loin et une dame est passée pour vendre des billets à tout le monde. On a donc démarré qu’une demi-heure plus tard. On est passé devant l’hôtel COSMOS, où on peut s’enregistrer pour obtenir une invitation en Russie, et dont le moindre intérêt n’est pas la statue du général de Gaulle érigée le 9 mai 2005 en l’honneur de la victoire de 1945. Je trouve ça marrant.

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Ensuite, on a traversé toute la banlieue moscovite, les quartiers d’affaire, d’abord, puis les zones périphériques. Là-bas, on a vu d’ immenses rassemblements de gens à certains endroits au bord de la route à la sortie de la ville. En tout cas, l’auto-stop est une pratique beaucoup plus répandue en Russie qu’en France. Les datchas commencent à faire leur apparition au bord de la route aussitôt qu’on sort un peu de la ville. D’ailleurs, si les marchés en plein air deviennent de plus en plus petits à mesure que l’on s’éloigne de la ville, on voit que le week-end est un moment où nombre de moscovites partent à la campagne puisque des vieilles dames vendant des légumes et autres meubles destinés aux datchas sont toujours fidèles au poste au bord de la route. Un autre truc chouette, c’est les panneaux kilométriques, qui indique qu’Arkhangelsk n’est plus qu’à 1400 km. On se sent en Russie 🙂

En arrivant a Serguiev Possad, au loin on a le monastère qui se détache sur l’horizon. C’est très beau, mais ça permet aussi de trouver son chemin à partir de la gare routière quand on n’a pas de carte. Comme d’habitude, il y avait des mariages partout avec des limousines et des lâchers de ballons et une traditionnelle photo devant le monastère.

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 Le monastère en lui-même est assez impressionnant et toujours en exercice. On peut donc y voir des moines barbus et habillés en noir déambuler d’un air apaisé, ce qui ajoute à l’atmosphère une petite touche d’authenticité. Les jardins sont très beaux mais on m’a dir que le monastère était aussi magnifique sous la neige. Il y a dans une chapelle un mausolée des Romanov où les gens font la queue pour aller prier. En dehors de ce petit goût de pélerinage religieux, la chapelle est d’ailleurs magnifique et mystérieuse, juste comme je les aime. Les chants orthodoxes et les vapeurs de l’encens mettent (l’âme?) en condition pour admirer l’iconostase peinte par le célèbre Andreï Roublev.

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En sortant du monastère, on a fait un petit tour dans la ville. Ce n’est pas très grand et ce qui est remarquable est la quantité de dachas à proximité du monastère. Svetlana, notre nouvelle prof de russe (dont je ne me rappelle plus le patronyme) nous a raconté qu’il existait en vieux russe une différence entre la paroisse (село prononcer sielo), c’est-à-dire le village avec une église et le village sans église (деревня, prononcer dierevnia). Même si on n’apprend plus aujourd’hui que деревня, la différence existe encore (je n’en attendais d’ailleurs pas moins des Russes, qui sont de grands passionnés de toutes les choses qui concernent l’âme) et la famille de notre prof possédait deux datchas respectivement dans un село et dans un деревня, dont seule une des deux était utilisée pour une raison des plusmétaphysiques. En tout cas, cela confère une atmosphère très bucolique à la ville (qui ressemble plus à un grand village au milieu de nulle part pour ce qu’on en a vu)

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L’ambiance est de ce point de vue très différente celle de Moscou et on ne retrouve les immeubles, les marchés à ciel ouvert, et les travaux qu’en s’approchant de la gare. C’est là-bas qu’on a pris un thé. Le restaurant était comme c’est la coutume ici planqué au fond d’une arrière-cour et il fallait traverser une cour sillonnée d’ornières inondées pour parvenir au café, où paraît-il on servait de la cuisine européenne, ce qui était déjà marrant.

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On est rentré par le train et on est arrivé à la gare de Iaroslav, ce qui est vraiment un coup de bol puisque cette gare se trouve sur la même place que les célèbres gares de Leningrad et de Kazan (points de départ respectifs des voies ferrées vers la capitale du nord et vers l’Est lointain).

 Une bien belle journée donc

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Le début de l’automne

21 septembre 2006

Le temps s’est nettement rafraichi pendant le week-end, ce qui ne nous a pas empêché de partir en excursion samedi pour aller visiter le célèbre monastère de Novodievitchi, et son cimetière, qui est un peu le Père-Lachaise moscovite, à cette différence près qu’il n’y a pas d’étrangers ici (il faut dire qu’avec tous les généraux et les chanteurs d’opéra ou compositeurs, il y a déjà largement assez de monde). Le monastère en lui-même est vraiment typiquement russe et, comme il se trouve dans un quartier très calme et en plus un peu surélevé par rapport à la ville (puisqu’on se trouve pas loin du mont des Moineaux, point culminant de Moscou à 135 m d’altitude), l’ambiance qui y règne est assez unique.

On peut voir au loin la Moskva sortir de Moscou au sud-ouest et on est déjà un peu dans la banlieue de Moscou (qui cependant semble assez immense) et comme d’habitude, l’ambiance est beaucoup plus calme que dans une ville française (ça doit être lié au niveau sonore de la langue russe, qui est nettement moins élevé que chez nous. D’ailleurs, ça rend parfois la communication difficile). D’ailleurs, cela s’est quand même nettement modifié depuis la rentrée, surtout dans notre quartier, où il y a beaucoup plus de circulation qu’en Août.

Ce qui rend aussi l’atmosphère assez spéciale, c’est que nous sommes arrivés là-bas à peu près à l’heure de la messe (5 heures de l’après-midi) et que les cloches se sont mises à sonner, et des bonnes soeurs à sortir de partout pour se rendre à l’office (toutes en noir avec la tête couverte. En fait elles ressemblent assez aux bonnes soeurs de chez nous. Par contre, ici, toutes les femmes doivent se couvrir la tête avant de rentrer dans les églises). Ici, une photo du fameux clocher (à l’intérieur duquel se trouve parait-il une chapelle).

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Et voici une photo du toit du monastère, c’est assez magnifique (contrairement à ce qu’on pourrait croire si on fait confiance à mon talent photographique).

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Le monastère est en plus entouré de fortifications (il a servi de refuge à de nombreux tsars et tsarines au court des âges) et une chapelle ert d’entrée aux visiteurs. C’est donc ici que les personnages importants se retranchaient, selon toute vraisemblance, puisque l’intérieur était déjà un couvent.

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En ce qui concerne le cimetière, on y voit pas mal de gens célèbres, parmi lesquels le célèbre Gogol (whouaouh) et le non moins célèbre Tchekhov!!!! (et ça c’est la classe), mais aussi en vrac Prokoviev, Maiakovski, Boulgakov, Chaliapine, Scriabine, Stanislavski (pour les amateurs de théâtre), les Tupolev (père et fils) ainsi que quelques hommes politiques tels Gromyko, ancien ministre des affaires étrangères et surtout Krouchtchev, qui de toute évidence n’avait pas mérité sa place à côté de Lénine sur la place Rouge. Il a d’ailleurs eu droit à une tombe rien moins qu’esthétique, je vous laisse juger par vous-même.

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Pour la petite histoire, tirée du Guide du Routard, et pour ceux qui aiment l’art contemporain, c’est un artiste considéré comme hautement décadent par Krouchtchev (qui détestait l’art contemporain) de son vivant qui a conçu la tombe du ponte. On peut peut-être y voir une forme de vengeance personnelle. Enfin, même si elle ne paye pas vraiment de mine, je signale quand même aux amateurs que c’est là-bas qu’on peut trouver la tombe du célèbre cinéaste Eisenstein.

Ensuite, comme ça se situe dans le même coin, on est allé faire un tour du côté de l’université de Moscou (МГУ, c’est-à-dire comme la nôtre, sans le T qui signifie Technique). On est arrivé alors que le soleil se couchait. Un vent glacial venu des steppes du nord s’était levé et l’université se dressait en face du Soleil couchant, tel un défi lancé à l’Occident.

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Bref, c’était super impressionnant. Pour les amateurs d’ambiances sympathiques de ce genre, je signale que j’ai vu des élèves rentrer par l’entrée principale du bâtiment avec des courses à la main, ce qui m’a fait penser qu’il y avait sans doute un internat dans ce bâtiment. Avoir une chambre dans un monument pareil, ça doit faire un drôle d’effet. J’imagine d’ailleurs qu’au bout d’un moment, l’ambiance doit être un peu pesante. Imaginez de rentrer tous les matins dans ce mastodonte pour aller en cours. Ca met en condition pour bosser. Là encore, F.Kafka vient à l’esprit, évidemment. Comme quoi les Soviétiques ont construit des temples encore plus sacrés que les Chrétiens…Ils sont tous timbrés.

Le début des cours

8 septembre 2006

En Russie, les cours semblent débuter invariablement le 1er septembre (sauf, j’imagine, s’il s’agit d’un dimanche ou d’un samedi). Ainsi, le vendredi 1er septembre, nous étions invités avec Isabelle, une Française de notre groupe de cours de russe arrivée à peu près une semaine après nous deux à Bauman, à aller voir notre tutrice Mme Irina Genadeevna Borovik, à la chaire ИУ-3, c’est-à-dire la chaire de Télécommunications et Systèmes d’Information (photo trouvée sur le site de Bauman)

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Pour la petite histoire, j’avais d’abord demandé à faire du Traitement de Signal, et Isabelle à faire de l’Automatique, et finalement nous étions censés entrer dans la même chaire, ce qui, on l’avouera, est assez étrange, quand on voit le nombre de chaires existant à l’institut. Les cours pour les élèves russes avaient déjà commencé le matin même (mais d’après ce que j’ai pu constater, tous ne sont pas forcément très assidus et comme il y a fort peu de chances que j’y eûs compris quoi que ce soit, même en faisant des efforts, ça n’aurait pas changé grand’chose d’y aller).

Comme notre tutrice était assez occupée et que les cours normaux avaient déjà commencé, elle nous a conseillé d’aller en cours en attendant et de revenir la voir le mardi d’après. Soit dit en passant, on faisait quand même partie des plus vernis puisque par exemple, mon copiaule n’a toujours pas de tuteur. En attendant, on s’est fait un peu peur en allant dans des cours incompréhensibles et, au final, mardi, on m’a proposé un nouvel emploi du temps (d’ailleurs pour l’instant assez peu chargé, mais il faut y ajouter les travaux de laboratoire et le travail personnel, qui ne semble pas être un vain mot en Russie, puisque des DM sont régulièrement distribués aux élèves) composés de cours de remises à niveau dans des langages inconnus pour moi, tel que le C++ et le Visual Basic (Боже мой!!!) et des rares cours de 5ème année (c’est-à-dire mon année théoriquement) que je peux suivre sans bases en programmation. En attendant, j’ai l’intention d’apprendre assez rapidement à programmer en C++ et en Visual Basic pour pouvoir enfin suivre les cours normalement, parce que pur l’instant, je ne comprend pas grand’chose en cours, sauf lorsqu’il s’agit de notions que j’ai déjà vues (la gestion de base de données, les chaînes de transmission de l’information…) En ce qui concerne Isabelle, ils ont fini par se rendre compte qu’ils s’étaient trompés de кафедра pour elle et ils l’ont envoyée en ИУ-1, c’est-à-dire en Asservissement des Systèmes Aéronautiques, où elle a apparemment une tutrice qui parle français, mais avec qui elle doit parler en russe parce que le chef de la chaire ne veut pas qu’elles parlent en français.

A propos de gens parlant français, il y a ici au département des Affaires Etrangères une dame très sympathique qui parle français, Madame Nina Gouskova. J’en profite pour la remercier de nous avoir pas mal de fois aidés au bureau des Affaires Etrangères, qui est souvent assez débordé en cette période de rentrée scolaire, et inciter une fois de plus les gens qui veulent tenter l’expérience russe à ne pas hésiter, car, comme vous le voyez, tout n’est pas perdu, et il existe même des Russes qui parlent français. D’ailleurs, le МГТУ a des échanges très réguliers avec les écoles Centrale (en particulier Centrale Lyon), et pour information, nous sommes ici 8 français, tous d’écoles différentes, dont 5 sont ici pour un double diplôme, et trois pour un « stage » d’un an (qui remplace en fait leur troisième année d’études)

La rentrée à Bauman

8 septembre 2006

La rentrée à l’institut Bauman est l’occasion de faire la fête toute la soirée et d’organiser quelques cérémonies de bon goût, où sont invités les parents et les enfants. J’ai malheureusement loupé la cérémonie de rentrée à l’université le 30 août, qui était sans doute assez sympa, puisque les Russes y allaient en famille, histoire d’accompagner leurs rejetons jusqu’à sa nouvelle résidence (il faut dire que les Russes sont apparemment dans des chambres qui n’ont pas le standing des nôtres, donc, ça doit être assez terrible. Par contre le loyer doit être d’environ 6 euros pour un an, ce qui, on en conviendra, n’est vraiment pas cher). Ca n’a d’ailleurs rien d’étonnant puisque les Russes passent l’équivalent du bac à 17 ans. Donc, ils entrent tout de même assez jeunes dans les études supérieures. D’autre part, les moscovites semblent ne pas avoir de complexe à rester longtemps chez leur parents, puisqu’un de mes copains ici vit encore chez ses parents à 26 ans, alors qu’il y a bien longtemps qu’il n’est plus étudiant. Dans mon groupe à la chaire ИУ-3, j’ai d’ailleurs parlé à deux étudiants qui vivent eux aussi chez leur parent, et d’une manière générale, tous les Russes à qui j’ai posé la question n’ont pas d’appartement à eux (ce qui se comprend d’ailleurs assez bien quand on compare les prix de l’immobilier à Moscou et le niveau de vie moyen en Russie, même si la population de Bauman n’est sans doute pas représentative de la moyenne des Russes). Un bon nombre vit donc avec nous dans la résidence de la Gospitalnyi pereulok (il en existe au moins 10 autres, ce qui fait qu’il doit y avoir assez de places pour tous les Russes. D’ailleurs, vu le prix des chambres, certains en louent uniquement au cas où, ou éventuellement pour y organiser des petites fêtes).

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Le statut d’étudiant confère ici pas mal d’avantages et d’autre part, les études sont assez peu coûteuses d’après ce que j’ai pu voir (cf. le prix des chambres de la résidence pour les Russes). Par contre, à 22 ans (soit 5 ans après avoir obtenu l’attestation de maturité à 17 ans), on n’est plus considéré comme un étudiant. C’est donc l’époque où la majorité des Russes commencent à travailler (certains de mes camarades travaillent d’ailleurs déjà, et d’après ce que nous a raconté une de mes amies ici, les jeunes Russes ont très souvent des problèmes pour financer leurs études, ce qui explique leur choix de rester le plus longtemps possible chez leurs parents).

Par contre, je n’ai pas loupé la fête de la rentrée dans le parc Lefortovskii en face de l’université de l’autre côté de la rivière (ça s’appelait Первый шаг c’est-à-dire « Premier pas » en russe). A l’entrée du parc, des flics vérifiaient si on n’avait pas d’alcool (c’est du moins ce que j’en ai déduit puisque devant l’entrée du parc, des tas d’étudiants étaient en train de boire de la bière et qu’il n’y en avait presque pas à l’intérieur du parc). Il y avait un concert, des jeux, à manger, mais pas d’alcool, et un tas de policiers qui circulaient d’un air affairé mais décontracté au milieu de la foule.

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Les étudiants ne se dérangeaient pas pour si peu et des sortes de groupes d’étudiants de la même chaire s’étaient formés, avec drapeaux à l’appui ainsi que divers objets étranges (poupées gonflables, vieille chaise longue déglinguée) qui faisait, je pense, partie des jeux qui avaient eu lieu auparavant et où les différents départements du MGTU s’étaient confrontés (apparemment, il y a des rivalités traditionnelles ici, comme par exemple entre les départements « Энерг » et « СМ » (prononcez « Energ » et « SM »), respectivement Энергомашиностроение et Специальное Машиностроение, donc ils ont tous les deux rapport avec les constructions mécaniques, ce qui est peut-être la cause originelle de leur rivalité. Si quelqu’un en sait plus que moi sur ce sujet – assez passionnant au demeurant – merci d’éclairer ma lanterne…)

En tout cas, le centre du terrain de sport était complétement boueux, puisqu’il avait plu toute la journée, mais autour des flaques devant le chapiteau, il y avait quand même un grand pogo. Certains s’étaient même mis pieds nus pour ne pas salir leurs chaussures dans la boue). Au début, les groupes d’étudiants étaient assez sympas et dans un coin du chapiteau un stand des Jeunesses de Russie (Молодость России), qui sont apparemment relativement proche du parti de Vladimir Poutine inscrivait des adhérents (il faut dire que l’adhésion aux Jeunesses de Russie semble procurer de nombreux avantages, comme la possiblité d’avoir des places à des concerts, etc.).

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On voit qu’ici la démagogie n’est pas une affaire de débutant. Une grande tenture bleu ornée d’une colombe blanche (emblème des Jeunesses de Russie) servait de fond de scène et des sortes d’animateurs louches, faisant un peu songer aux animateurs télé des films de Fellini ou de Nani Moretti sont venus raconter des trucs russes aux étudiants.

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Ils ont même balancé des ballons gonflés à l’hélium et tout, bref c’était super kitsch. Heureusement, apparemment, les étudiants n’en avaient pas grand’chose à faire puisqu’ils attendaient le groupe phare de la soirée (sans doute invité par les Jeunesses de Russie, ou du moins grâce à leur argent, puisqu’ils semblaient être les seuls sponsors de la soirée), Дельфин (prononcer Delphine…ça veut dire Dauphin en russe).La musique était sympa, une sorte d’électro rock qui se laisse bien écouter et assez dynamique en même temps. Ca a mis une ambiance de fou parce que tous les jeunes autour de nous connaissaient et des pogos se formaient un peu partout, avec toujours les drapeaux des Jeunesses de Russie flottant sur la foule en délire. Bref, c’était sympa, même si après coup ça laisse un peu songeur.

Deux jours après, c’était la rentrée, mais ça c’est déjà une autre histoire.

L’université Bauman déserte en été

7 septembre 2006

Pendant tout le mois d’août, l’université, comme d’ailleurs le quartier qui l’entoure, semblait déserte, vidée qu’elle était de ses habitants habituels, les étudiants. Le quartier en lui-même est d’ailleurs assez étudiant, et les va-et-vient des élèves allant en cours d’un bout à l’autre de l’université et rentrant dans les diverses résidences qui constituent l’internat y constituent depuis la rentrée l’essentiel du trafic. Par ailleurs, il faut ajouter que le mois d’août est une bonne période pour visiter Moscou, et ce à plusieurs titres. D’abord, la ville semble vide, puisque tous les russes sont à cette époque au bord de la Mer Noire ou dans leur maison de campagne (en particulier pendant les week-end appelés ici выходные, c’est-à-dire les jours où on sort, expression prise à la lettre par nombre de moscovites). Ensuite, les moscovites encore présents sur place sont généralement de bonne humeur, contents qu’ils sont de pouvoir profiter des rares instants de chaleur et de soleil (encore que cette année, pour le soleil, on n’ait pas vraiment été gâtés). Enfin, on peut profiter soi-même du beau temps, ce qui est d’après les Russes que j’ai rencontré, une bénédiction.

Comme on nous a laissé errer quelques jours dans l’université afin de se familiariser avec les lieux, à la recherche d’improbables laisser-passer de toutes sortes (appelés ici пропуск, mot dont il est communément admis qu’il s’agit d’un des plus utiles pour l’étudiant étranger en Russie). Il en existe différents types, tous aussi indispensables les uns que les autres dès qu’on veut sortir de sa chambre (en vrac пропуски temporaires, permanents, pour la résidence, l’université, la bibliothèque, en remplacement du passeport…). On en a donc profité pour faire quelques photos des endroits pittoresques, car, ici aussi, le kitsch soviétique a frappé un grand coup, et ses vestiges restent assez vivaces. Ainsi, on peut admirer non loin de l’entrée un buste du révolutionnaire Nikolai Ernestovitch Bauman, « révolutionnaire professionnel » mort en 1905, qui fut avec Lénine, l’un des fondateurs du journal Iskra, et qui a donné son nom non seulement à notre université, mais aussi à au moins deux rues et une station de métro dans notre quartier. Notons pour être précis que le nom de Bauman a été donné à l’université technique seulement en 1989.

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Dans plusieurs endroits, on peut admirer des galeries de portraits des anciens diplomés de l’université technique de Moscou, qui a fêté récemment ses 185 ans.

galerie_des_portraits.jpgParmi ces portraits, celui de A.N.Tupolev, concepteur des avions éponymes, et celui de S.A.Lebedev, directeur du programme qui construisit le premier ordinateur soviétique en 1951 et le premier superordinateur soviétique en 1956 (soit déjà 7 ans après le premier superordinateur américain mis au point par Seymour Cray).

A certains endroits, on peut encore admirer quelques fresques à la gloire des ingénieurs soviétiques au service de l’URSS (d’ailleurs le département des techniques militaires ainsi que celui de la construction de fusée est un des fleurons de l’institut, et en particulier, un bon nombre des étudiants birmans qui viennent au MGTU, plus ou moins contraints et forcés, pour faire leurs études sont dans ces départements, même s’il y en a aussi quelques-uns dans ma chaire en 4ème année).

les_ingenieurs_de_bauman_au_service_de_l_armee.jpgCa fait un peu peur les premiers jours, mais il semble qu’en dépit des rumeurs qui circulent sur le service militaire (qui sont d’ailleurs sans doute assez fondées) et même si les jeunes russes font ce qu’ils peuvent pour échapper à la conscription, les uniformes sont assez courants à Moscou (qu’ils soient militaires ou policiers, d’ailleurs, sans oublier les gardes privés chargés de la protection des magasins et les dames habillées en vert qui montent la garde dans tous les bâtiments publics). En gros, mieux vaut ne pas trop manifester d’opinions antimilitaristes. Par contre, les Russes sont assez remontés contre les policiers, qui sont d’après ce qu’on a entendu dire assez ripoux, que ce soit avec les Russes ou avec les étrangers. Je dois dire que pour l’instant, les quelques contacts que j’ai eu avec eux se sont plutôt bien passés.

Une autre caractéristique de l’université est son état de chantier permanent, qui en fait d’ailleurs une construction typiquement moscovite (apparemment, certaines constructions dans les cours intérieures semblent être définitivement vouées à servir d’atelier de réparation à l’université, d’ailleurs sillonnée, pendant le mois d’août, par des ouvriers du bâtiment, qui constituaient alors l’essentiel de la population).

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En général, l’industrie du bâtiment est très dynamique ici. Déjà en arrivant en avion dans les banlieues éloignées de Moscou, quand on s’approche du sol, on peut voir les quartiers en construction des nouveaux Russes, maisons gigantesques et colorées, avec piscines et jardins immenses au milieu de la forêt. Ensuite, à l’intérieur même de Moscou, les églises les plus touristiques sont aujourd’hui terminées, mais la plupart des églises de banlieue sont aujourd’hui en travaux (en tout cas dans notre quartier). D’ailleurs, juste en dessous de notre fenêtre, un chantier fonctionne jour et nuit (sans doute pour profiter de l’été, seul moment où on peut travailler à l’extérieur).

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